NOUS ÉTIONS TROIS AMIS INTIMES QUI AVIONS VINGT ANS AUX ALENTOURS DE 1897, BOT
Récit biographique, 14,5×22,5 cm, 112 pages, 45 illustrations dont 24 en couleurs, Plein Chant n°80, Bassac, novembre 2005.
14 € l'exemplaire, frais de port 2.30 €.
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Peu de livres sont aussi prenants, que ce numéro d'un charme aussi fin et aussi pénétrant, que ce numéro magnifiquement illustré de la revue Plein Chant. Il arrive en effet que l'on gagne en puissance suggestive ce que l'on n'a pas en ampleur, et tel est bien le cas ici. Surtout, il s'agit d'une évocation apportant quantité d'éléments nouveaux ou peu connus sur un sujet fort peu exploré, les années 1890-1900, vécues par un trio d'amis qui se brisera rapidement : les peintres Georges Bottini et Fabien Launay et l'écrivain et journaliste Gaston de Pawlowski. Tous trois très jeunes alors, et se mêlant aux écrivains et artistes de la seconde génération symboliste. Pawlowski ne mourra qu'en 1933, alors que Launay fut emporté par la tuberculose en 1904, et Bottini par la syphilis et la folie en 1907. C'est tout un pan de l'histoire littéraire et artistique, de l'histoire de Paris aussi, qui nous est restitué à travers le destin inégal des trois protagonistes, mêlés à leurs amis et connaissances (Fargue, Jarry, Cremnitz, Bouhélier, Lorrain, Francis Jourdain, etc.). Si Pawlowski n'est pas un inconnu, à cause de son fameux Voyage au pays de la quatrième dimension (1912), on ne saurait en dire autant de Launay, auteur de bois incisifs et de dessins acides, mais dont très peu d'oeuvres ont survécu. Plus encore, cette publication permet de mesurer l'exacte valeur de Bottini, dont c'est l'insulter et le rabaisser que de le qualifier de "petit maître". Bottini est incomparable dans ses admirables gravures sur bois, pleines d'un feu sourd, dans ses aquarelles veloutées, aux tons sépia, lie de vin et prune, d'une harmonie capiteuse si sûre et si vibrante, non moins que dans ses rares eaux-fortes, dont deux sont ici reproduites, éblouissantes : Le Cake-Walk et La Soupeuse dont s'est peut-être souvenu le premier Picasso. Chose qui n'a l'air de rien, mais si rare, il a su créer une forme à lui, personnelle et originale. Dans toutes ses oeuvres passe comme l'esprit du XVIIIe siècle, mais infiniment plus nerveux, électrique, tétanisé. En peinture, Bottini est inimitable, comme Tinan en prose, et Levet en poésie - tous deux morts jeunes comme lui. Modestement intitulé "récit biographique", l'étude de Martine et Bertrand Willot fait appel à des sources très variées, parfois inédites. Elle est à l'image même des deux peintres : vivante, fine et pittoresque. Ce numéro se lit avec une passion qu'accroissent les nombreuses illustrations en couleurs, elles aussi souvent peu connues, et les divers documents reproduits en annexe. On félicitera donc les auteurs et l'éditeur Edmond Thomas pour une publication d'une telle qualité et qui intéresse au premier chef l'histoire littéraire, qui n'est pas seulement faut-il le dire, celle des "grands auteurs".
Histoires littéraires no 25, Montmartre, Janvier-février-mars 2006.
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